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Les expositions

[OQTF] Obligation de Quitter le Territoire Français

 

[OQTF][OQTF] Obligation de Quitter le Territoire Français

Textes Vincent Karle

Photographies Guillaume Ribot

Exposition présentée du 15 juin au 15 octobre 2012

« Sans-papiers » : une vision figée de familles réfugiées dans une illégalité trouble, des noms étrangers et des termes administratifs indéchiffrables, voilà souvent tout ce que l’on sait d’eux. Immigrés, clandestins ou sans-papiers, les fragments de leur vie s’éparpillent dans l'actualité en photos et en mots souvent trompeurs : ils cessent ainsi d’être des personnes pour devenir des clichés, des abstractions qui ne nous touchent plus.

Pour résister à cette disparition programmée Vincent Karle et Guillaume Ribot portent un autre regard. En prenant le temps de les connaître et de partager leur vie, à l'opposé du modèle simpliste du sans-papiers, ils racontent leurs histoires. Loin du sensationnel mais parfois entre comédie et tragédie, cette exposition dessine quelques portraits d'un quotidien sans papiers, avec la volonté de redonner leur sens aux mots et aux images, pour ne pas que ces hommes, ces femmes, ces enfants disparaissent dans l’indifférence et qu’on les oublie.

Le parcours de l'expo

À travers leurs mots et leurs images, Guillaume Ribot et Vincent Karle nous racontent l'histoire de la famille Ayari, une famille de sans-papiers immigrée en France. Ils nous invitent à porter un regard original sur la réalité quotidienne de cette famille, intégrée dans la société française, dont la vie fut ébranlée par une récente mesure d'expulsion à leur encontre, une obligation de quitter le territoire français. Leur histoire constitue le fil rouge du parcours de l'exposition, amenant à une prise de conscience plus large de la situation des sans-papiers en attente de régularisation.

L'exposition se découpe en six parties, qui sont autant d'étapes dans ce parcours aux côtés des sans-papiers. La scénographie, qui mêle intimement le texte et l'image, joue avec la lumière et les couleurs des différentes zones que traverse le visiteur, pour lui permettre d'appréhender, en se mettant à leur place, les différents moments de la lutte de ces hommes, ces femmes et ces enfants, pour vivre en France.

« On ne demande pas un miracle, juste une vie normale. »

On ne naît pas sans-papiers, on le devient, parfois, lorsqu'on quitte son pays. Pour aller à l'encontre de cette vision qui fait souvent des sans-papiers des personnes sans passé (et sans avenir ?), des gens non seulement étrangers mais plus fondamentalement étranges, différents, l'exposition commence par montrer cette normalité à laquelle tous aspirent, et notamment les Ayari : le quotidien, l'histoire familiale, la vie en France, la maison, les amis...

L'intervention d'un employé de l'ADA (Accueil des Demandeurs d'Asile) permet en outre de présenter les étapes clés du parcours de tout nouvel arrivant étranger sur le sol français. Après avoir rappelé les facteurs et aspirations simples qui les ont poussés à demander asile, elle s'attache à décrire le processus administratif d'obtention du statut de réfugié auprès de l'OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides). Mais lorsque Tahar Ayari est arrêté, les apparences et l'espoir de cette « vie normale » volent en éclats pour toute la famille, et l'on pénètre à leur suite dans le labyrinthe des procédures administratives.

« Ici on applique la loi ! »

La zone centrale du dispositif scénographique est une représentation de ce parcours du combattant administratif. Ces murs de loi érigés pour mieux renvoyer en arrière les demandeurs d'asile soulignent l'absurdité et l'inhumanité des procédures administratives, censées clarifier la situation des sans-papiers, alors qu'elles les submergent sous la paperasserie. Cet égarement bureaucratique, qui les condamne à une lutte dans un présent perpétuel, est générateur de profonds traumatismes.

(Sur)vivre

Dès lors, tout devient difficile : apprendre, travailler, se loger, se nourrir, se soigner...

Le parcours des Ayari et de nombreux autres sans-papiers rencontrés par les auteurs met ainsi en lumière l'engagement et la solidarité d'enseignants, de parents et de militants venus défendre les valeurs d'accueil et de tolérance de l'école française, et le droit à la scolarisation des enfants sans-papiers. L'exposition présente ensuite l'organisation laborieuse du combat syndical des travailleurs sans-papiers et l'hypocrisie du système français réclamant des cotisations sociales, mais n'octroyant aucun droit. À cette lutte s'adjoint celle pour les besoins de première nécessité : trouver un logement, se procurer de quoi manger, accéder à des soins médicaux...

Police / Justice

Dans cette confrontation entre les témoignages d'un policier et un avocat, le public est invité à s'interroger sur la conception politique, le sens et les conséquences de l'action policière, ainsi que sur son rapport avec la notion de justice. L'application aveugle de la procédure légale d'expulsion à des individus risquant leur vie dans leur pays d'origine provoque d'étranges échos, comme le souligne l'avocat Claude Coutaz : « Je me souviens que quelqu'un avait parlé de "rafle" au préfet, il était monté sur ses grands chevaux : "Je veux que vous présentiez des excuses, que vous retiriez ce terme !" Mais le mot rafle n'est pas spécifique à une certaine période de l'histoire. Faire des rafles de sans-papiers, même si ça ressemble à des choses qu'on préfère oublier, c'est la même organisation militaire, policière : vous rassemblez des gens en nombre et vous les déportez. »

L'expulsion

La dernière partie décrit, de nouveau à travers l'histoire de Tahar Ayari, l'application de la mesure d'expulsion assimilant tout demandeur d'asile à un indésirable, dont la présence, d'après le droit français, représenterait une menace pour l'ordre public. Celle-ci débute par une traque dans les lieux de vie des membres de la famille, condamnés à fuir, à se cacher, à dissimuler leur propre identité. Description détaillée de l'itinéraire d'expulsion jusqu'à un épilogue inattendu dans un village-frontière italien, contrôle policier rôdé : la machine exécutive apparaît dans son fonctionnement implacable et méthodique.

Résister

Pour finir, l'exposition met en avant l'idée selon laquelle aider les sans-papiers aujourd'hui est devenu un acte de résistance qui n'est pas sans rappeler certaines actions durant la Seconde Guerre mondiale. Diverses organisations inventent des nouvelles formes de lutte contre l'expulsion. L'APARDAP (Association de Parrainage Républicain des Demandeurs d'Asile et de Protection) propose une cérémonie de parrainage publique et symbolique scellant l'engagement réciproque d'un citoyen et d'un demandeur d'asile. Le RESF (Réseau Éducation Sans Frontières) rassemble un collectif citoyen autour d'un enfant ou d'une famille menacés d'expulsion.

Proposée par le musée, une chronologie complète l'exposition, rappelant le cadre politique et législatif inhérent à la question des sans-papiers en France depuis 1996.

Les auteurs

 

Guillaume Ribot -  photographe

Chercher l'humain derrière l'image : il se saisit de son appareil photo « quand il y a l'histoire de quelqu'un derrière ». Il dit que ce qu'il photographie, c'est une part d'humanité : « Il faut passer le cap de l'image évidente, concevoir ses photos en regardant, mais aussi en pensant ». De 2004 à 2008, il a participé, en tant que photographe et responsable de la logistique, aux travaux de recherches historiques sur la « Shoah par balles » en Ukraine et Biélorussie aux côtés du Père Patrick Desbois. Ses photographies ont été publiées dans les plus grands journaux internationaux : Time, Paris-Match, New York Times, Le Monde... Ces images sont aussi exposées dans différents musées : Mémorial de Caen, Mémorial de la Shoah, United States Holocaust Memorial Museum... En 2008, il a publié deux livres dont Camps en France : histoire d'une déportation, un ouvrage qui retrace le parcours d'un Juif allemand dénommé Gerhard Kuhn. Entre 2009 et 2012, il a écrit et réalisé son premier documentaire, Le Cahier de Susi, une enquête qui évoque sa mémoire familiale entremêlée à celle d'une famille juive autrichienne : les Feldsberg.

> http://www.guillaumeribot.com

> Retrouvez l'exposition sur le site de Guillaume Ribot

> http://www.lecahierdesusi.com

 

Vincent Karle - écrivain

Le 29 avril 1916 l'insurrection de Pâques s'achève à Dublin. Le 29 avril 2006, jour de ses trente ans, Vincent Karle achève à Dublin son premier roman, qui raconte cet évènement : La brume & la rosée (éd. Castells 2006). Fin 2008, des policiers expulsent des enfants sans-papiers d'une école à côté de chez lui. Colère, tristesse, peur : sous le coup de l'émotion il écrit Un clandestin aux Paradis (éd. Actes Sud 2009). L'accueil du livre chez les jeunes, les rencontres, salons et lectures qu'il fait dans la foulée le confortent dans son envie de creuser la question. Il entame avec Guillaume Ribot un long travail de préparation pour un livre et une exposition sur des sans-papiers qu'il a rencontrés et suivis dans leur vie quotidienne : cela deviendra [OQTF] Obligation de Quitter le Territoire Français. Dans le même temps, il se souvient qu'il est lui-même un petit-fils d'exilé, et il voyage en France et en Espagne, sur les traces de son histoire familiale, pour écrire un roman de la mémoire.

> http://auteurs.arald.org

 

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