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Les expositions

Libertà ! Antifascistes et résistants italiens en Isère

Le Musée de la Résistance prend part à l'Année de l'Italie en Isère en proposant un éclairage sur l'histoire politique de la présence italienne dans ce département des années 1920 à la Libération.

L'avènement du fascisme en Italie et les répressions qui l'accompagnent ont conduit de nombreux Transalpins à trouver asile en France durant l'entre-deux-guerres. Ils rejoignent ainsi des centaines de milliers de leurs compatriotes installés parfois depuis des décennies dans l'Hexagone pour des raisons économiques. Dans ce département, où la présence italienne est déjà forte, ces exilés constituent une minorité active qui tente de lutter depuis la France contre le régime mussolinien. Le courant fasciste est lui peu représenté en Isère. Durant la Seconde Guerre mondiale, l'évolution des relations franco-italiennes entraîne de nouvelles conséquences pour ce département, notamment marqué, comme les autres territoires alpins, par l'Occupation militaire des Alpini de novembre 1942 à septembre 1943. Mais cette période voit aussi l'engagement de nombreux Isérois d'origine italienne dans la Résistance. Participant aux combats de la Libération, ils s'investiront encore, après la guerre, pour certains d'entre eux, dans la vie politique et sociale de ce département. En Italie, la chute du régime mussolinien aboutit à la proclamation de la République en 1946, à laquelle contribuent largement des responsables antifascistes qui s'étaient exilés en France. Le fascisme est-il alors définitivement vaincu ? En France, en Italie et dans bien d'autres pays, des courants se sont fait jour depuis la guerre et se revendiquent ses héritiers. De telles résurgences incitent au regard de l'histoire à demeurer toujours vigilant.

Libertà ! est une exposition bilingue français et italien, des visites guidées sont proposées pour les groupes dans les deux langues (sur réservation) et des fiches pédagogiques à destination des élèves du secondaire sont également disponibles en téléchargement sur le site internet du musée www.resistance-en-isere.fr.


Inauguration le jeudi 24 novembre 2011 à 18h30

Le parcours de l'exposition

L'avènement du fascisme en Italie

Le terme de fascisme désigne le mouvement fondé à Milan le 23 mars 1919, les Faisceaux italiens de combat (fasci), et le système politique érigé en 1922 après la prise du pouvoir par Benito Mussolini. Au centre du système se trouve la toute-puissance de l'État. Le Duce (le chef, le guide) concentre entre ses mains tous les pouvoirs. Le parti fasciste encadre, contrôle et dirige toute la vie de la collectivité. Le but ultime est de créer un homme nouveau, la figure idéale est celle du « citoyen-soldat », élevé dans les préceptes de la religion fasciste : « croire, obéir, combattre », dans le but de créer une société guerrière. Les innombrables mouvements, inspirés de l'exemple mussolinien, qui se développent en Europe dans l'entre-deux-guerres, s'inscrivent dans la même perspective : la Phalange espagnole de José Antonio Primo de Rivera, le Rexisme du belge Léon Degrelle, la Garde de fer du Roumain Codréanu, en France, le Francisme et Solidarité française et chez certains intellectuels, tels Robert Brasillach et Pierre Drieu La Rochelle.

L'exil en France et en Isère

L'avènement du fascisme provoque l'exil en France de quelques centaines de militants et de responsables politiques aux sensibilités diverses (parmi lesquels des républicains héritiers de Mazzini - artisan de l'Unité italienne -, des socialistes, des communistes, des anarchistes etc.). Ces exilés ne constituent qu'une infime minorité de la population italienne de l'Hexagone, estimée à un million en 1930, qui s'est établie dans le pays pour des raisons économiques. Mais ceux qui sont influencés par eux en représentent sans doute 10 %... En Isère, l'arrivée des réfugiés antifascistes est certainement favorisée par une tradition militante italienne qui remonte à la fin du XIXe siècle et la présence de compatriotes ayant des idées politiques qui leur sont proches.

Les résistances antifascistes

La LIDU (Ligue italienne des Droits de l'Homme), Giustizia e Libertà qui rassemble républicains, socialistes et démocrates (et dont le principal dirigeant, Carlo Rosselli, sera assassiné en 1937), l'UPI (Union populaire italienne), issue du Parti communiste italien, animent la riposte antifasciste jusqu'à la fin des années 1930. Par ailleurs, des organisations françaises, parmi lesquels des partis politiques (communiste, socialiste), des syndicats et des associations (Ligue des Droits de l'Homme et du Citoyen) s'engagent également contre la montée du fascisme en Europe. En Isère, militants français et italiens réagissent par exemple à l'assassinat du député Matteotti, en organisant une grande manifestation à Grenoble. Dans les années 1930, des meetings mobilisent en Isère lors de la venue de Carlo Rosselli ou de Luigi Campolonghi, président de la LIDU. Lorsqu'éclate la guerre d'Espagne, quelque 120 militants rejoignent les rangs des Brigades internationales. Parmi eux, presque la moitié sont Italiens. Malgré leur engagement, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, les régimes totalitaires ont gagné du terrain en Europe.

Les fasci en France et en Isère

Si l'antifascisme s'organise, le régime mussolinien tente quant à lui de s'implanter dans l'Hexagone dès sa prise de pouvoir. La France compte ainsi 274 sections sur les 561 fasci d'Europe, hors de la péninsule. À Grenoble, après des débuts laborieux, le fascio local, refondé en 1926, passe sous la houlette du vice-consul. Son activité, limitée, réside dans l'aide aux hospitalisés, l'organisation de colonies de vacances en Italie et de cours d'italien. Il s'agit de lier les migrants au pays natal et à son régime. Les fasci ont aussi une fonction de surveillance politique des émigrés. À partir de 1932, le fascio et le vice-consulat partagent les locaux de la Casa d'Italia, cours Jean-Jaurès. Face à la gauche italienne locale plus nombreuse, ces deux structures feront toujours profil bas. Probablement existent-ils aussi des fasci à Vienne, La Tour-du-Pin et Bourgoin et de façon certaine à Voiron. Avec l'entrée en guerre de la France contre l'Allemagne nazie, alliée du Duce, la position des fascistes à Grenoble est rendue très délicate.

Juin 1940, l'entrée en guerre des Italiens et L'instauration du régime de Vichy

Le 10 juin 1940, l'Italie déclare la guerre à la France. La campagne des Alpes (10-25 juin 1940) voit s'affronter 58 000 Français et 133 000 Italiens. Les Alpes offrent un théâtre aux rares victoires françaises. L'offensive italienne ne débouche que sur la conquête de 800 km², avec 13 communes et 8 hameaux. Dans la nuit du 10 au 11 juin, 800 Italiens « suspects par leurs sentiments patriotiques et fascistes », sont arrêtés et regroupés au stade municipal de Grenoble, puis transférés au camp de Saint-Jodard dans la Loire. Le 3 septembre 1940, Vichy promulgue une loi « à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Les forces de l'anti-France, responsables de la défaite, ont pour noms : le juif, le communiste, le franc-maçon et l'étranger. Les premiers politiques internés, le 30 novembre 1940, au centre de séjour surveillé de Fort-Barraux sont les 47 communistes arrêtés à Grenoble, La Mure et Bourgoin. 20% d'entre-eux sont italiens ou d'origine italienne.

L'Occupation italienne en Isère 1942-1943

Conformément aux accords Roatta-von Stülpnagel du 29 juin 1940, ayant défini comme zone d'influence italienne toute la région située au sud et à l'est du Rhône, hormis la région lyonnaise, c'est à une occupation essentiellement italienne que l'Isère est confrontée à partir de la mi-novembre 1942. À Grenoble s'installe l'état-major de la division Pusteria du général Maurizio De Castiglioni, forte de 8 000 hommes, mais dont la zone de responsabilité s'étend du lac de Genève à la Durance. La période italienne voit se réaliser l'essor décisif de la Résistance iséroise, dont témoigne la mise en place de l'exécutif de « la France combattante », où se rejoignent Mouvements unis de Résistance, Front national et Parti communiste. Le 8 septembre, en réponse à l'armistice signé entre le maréchal Badoglio et les Alliés, des éléments de la 157e division de réserve, commandée par le général Karl Pflaum, envahissent la partie de l'Isère qui échappe encore à leur contrôle. Dans la nuit du 8 au 9 septembre, des combats opposent les deux ex-alliés, notamment dans les casernes Bayard et de l'Alma. Au matin du 9, les Allemands sont maîtres de la situation. Une autre occupation commence, bien plus sanglante.

Des Italiens en Résistance

Parmi les nombreux Isérois et Iséroises d'origine italienne qui s'engagent dans la Résistance, quelques figures émergent : Joseph Fracassetty, chef militaire du secteur VII (Bourgoin), Raymond Perinetti, l'un des responsables du Parti communiste en Isère, Antoine Polotti, responsable politique des FTP, Paul Gariboldy, dit Paul Vallier, chef du groupe franc de Combat, Joseph Rossi, chef du 8e bataillon FTP, Blaise Giraudi, responsable de l'AS de Voiron. La majorité des Italiens participant à la Résistance, le font dans le cadre d'organisations françaises. Au sein de la MOI (Main-d'œuvre immigrée), les résistants sont regroupés par nationalités. La section italienne est initiée par Italo Stazio, en septembre 1943, dont l'activité est politique (fabrication et distribution de tracts). La lutte armée incombe au 5e bataillon FTP-MOI, et plus précisément au détachement « Liberté », créé au printemps par des Juifs étrangers. Le groupe formé de combattants italiens est commandé par Joseph Buffa, dit « Rossi ». Au fil du temps et notamment à partir du débarquement, les Italiens deviennent la composante la plus importante.

 La fin du régime fasciste et la proclamation de la République

Le 25 juillet, mis en minorité à la réunion du Grand Conseil du fascisme, Mussolini est arrêté et transféré dans un site isolé des Abruzzes, d'où Hitler le fait libérer le 12 septembre. Devenu le simple exécutant de la politique nazie, le dictateur déchu, installe sur les rives du lac de Garde, à Salò, une « République sociale », que Mussolini prétend ramener aux sources du premier fascisme. Pendant dix-huit mois, il couvre les atrocités commises par « les Brigades noires », associés aux hommes de la Waffen-SS dans la lutte menée contre la Résistance. Arrêté le 27 avril 1945, alors qu'il tente de fuir en Suisse, il est exécuté le 28 et son corps exposé sur la piazzale Loreto à Milan. À la Libération, le premier gouvernement est formé des six partis composant le Comité de Libération nationale, fondé le 10 septembre 1943. Le 2 juin 1946, un référendum populaire entérine la fin de la monarchie et la naissance de la République. Exilés pendant pratiquement toute la période fasciste, deux futurs présidents de la République, Giuseppe Saragat et Sandro Pertini, rentrent en Italie.

L'engagement résistant comme intégrateur

Déjà impliqués pour nombre d'entre eux dans la vie syndicale et politique d'avant-guerre, une nouvelle génération de militants s'est révélée à travers l'engagement résistant. A la Libération, plusieurs associations italiennes prennent part à la vie politique locale, tels : le Comité de Libération nationale de l'Isère, l'Italia Libera, la section du Parti socialiste italien de Grenoble, l'Union des Femmes italiennes de l'Isère.

La mémoire des antifascistes et résistants italiens

Dès la sortie de guerre, le Comité de Libération nationale de la Haute-Italie (CLNAI) présente en France des expositions sur la Résistance italienne avec pour objectifs d'affirmer la participation de celle-ci à la victoire sur le fascisme et le nazisme tout en lui donnant un caractère unitaire tandis que s'esquisse la naissance de la République. Quant au rôle joué par les Italiens dans la Résistance iséroise, il ne sera jamais souligné ou presque en tant que tel. À la Libération, les résistants d'origine transalpine n'afficheront pas, en général, une quelconque appartenance communautaire. Quant à la mémoire de l'antifascisme italien en Isère des années 1920 et 1930, elle semble s'être effacée. Quelques rares manifestations lui ont été consacrées depuis la fin de la guerre.

Et aujourd'hui ?

On serait tenté de croire que l'idéologie fasciste a disparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais il n'en est rien. L'Espagne franquiste (1939-1975) dont le régime peut s'apparenter en de nombreux points à l'Italie mussolinienne, témoigne de cette survivance. En Europe, au lendemain du conflit, des mouvements voient le jour et revendiquent une filiation directe avec le régime du Duce. Dans la péninsule, dès 1946, le Mouvement social italien (MSI), bien qu'il se réfère au fascisme, participe à la vie politique et obtient des sièges lors des élections législatives. En Grande-Bretagne, Oswald Mosley, initiateur de l'Union britannique des fascistes avant-guerre, revient en politique en 1948 avec le Mouvement de l'union. En France, le mouvement Jeune Nation aux accents maréchalistes est fondé en 1950. La Croix celtique devient leur emblème. À la même époque, l'écrivain Maurice Bardèche qui se réclame du fascisme, fait paraître ses premières thèses négationnistes. Recueillant une adhésion limitée, ces mouvements néofascistes ont engendré depuis de nombreux groupuscules où l'on n'hésite pas à employer la violence pour imposer ses vues.   

 

La publication

Libertà ! Antifascistes et résistants italiens en Isère

L’avènement du fascisme en Italie au début des années 1920 conduit des centaines de militants et responsables politiques à trouver refuge en France. Ils rejoignent ainsi près d’un million de leurs compatriotes installés parfois depuis des décennies dans l’Hexagone pour des raisons économiques. Dans ce département, où la présence italienne est déjà forte, ces exilés constituent une minorité active qui tente de lutter depuis la France contre le régime mussolinien. Au-delà de cette période, cet ouvrage aborde leur parcours durant la Seconde Guerre mondiale et les relations qu’ils ont pu nouer avec la Résistance. Car si ces années sont notamment marquées en Isère par l’Occupation de l’armée italienne de novembre 1942 à septembre 1943, elles voient aussi l’engagement de nombreux Isérois d’origine transalpine dans la lutte pour le rétablissement des valeurs républicaines. Participant aux combats de la Libération, ils s’investiront encore, après la guerre, pour certains d’entre eux, dans la vie politique et sociale de ce département. En Italie, la chute du régime mussolinien aboutit à la proclamation de la République en 1946, à laquelle contribuent largement des responsables antifascistes qui s’étaient exilés en France. Telle est l’histoire que cette publication collective permet de relater en prolongement de l’exposition du musée.

Auteur : ouvrage coordonné par Olivier Cogne et Jacques Loiseau
Parution : 11/2011
Nombre de pages : N/A
Collection : N/A
Editeur : Département de l'Isère
Code produit : 1681
ISBN : N/A
Prix : 15,00 €
Dispo : épuisé - ouvrage conservé dans le fonds documentaire du Musée de la Résistance

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